La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901
Colonie San José (Argentine), estimation entre 1876 et 1880
Résumé
Lettre probablement écrite par Jacques-François Bouvet à une femme restée en Savoie et projetant de rejoindre l’Argentine.
Il lui demande d’apporter de nombreux objets utiles à la vie quotidienne ou destinés à être revendus, montrant les besoins matériels des premiers colons.
Il lui donne également des conseils pratiques pour le transport de plantes et de marchandises, tout en l’encourageant à venir sans crainte si son mari y consent.
La lettre se termine par des salutations collectives de la famille, témoignant des liens étroits maintenus entre la Savoie et les colonies argentines.
Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.
Introduction
Cette lettre ne comporte ni en-tête ni date précise.
Cependant, plusieurs éléments permettent de formuler une hypothèse solide.
L’écriture, le vocabulaire et les personnes mentionnées correspondent très fortement à ceux des lettres de Jacques-François Bouvet, originaire de La Vernaz et installé à la colonie de San José.
Le contenu montre qu’elle est adressée non pas à sa fille, mais à une femme restée en Savoie, probablement de La Vernaz ou des environs, qui envisage de venir en Argentine.
Le style et les demandes (objets à apporter, marchandises à revendre) situent cette lettre dans les premières années d’installation, très probablement entre 1876 et 1880.
Il s’agit donc, avec une forte probabilité, d’une lettre de Jacques-François Bouvet adressée à une future émigrante.
Transcription
Tu me prendras deux fourneaux carrés n°9 et 8. Si tu peux en prendre davantage, tu en auras le grand débit à bénéfice. Tu me prendras deux fusils de chasse avec des cartouches à nouveau système.
Vous direz à ma fille Marie qu’elle m’achète pour dix francs de coton de l’échantillon qu’il y a dans la lettre, deux bagues argent, dépôt à Thonon, pris chez XXX Marie Valente, voiturière rue Vallon.
Tu me prendras un chapeau de feutre comme pour toi. Tu apporteras des groseilles en graine ou en bouture. Pour les conserver fraîches en bouture, tu les mettras dans une pomme de terre que tu envelopperas de la (mourche). Tu prendras du bezon de ouargne et de la racine de gentiane XXX plus et mieux, et un couteau à scie marque Dumasin et de la graine de liérrus.
Chère compère, je me souviens toujours quand tu as mis les chapelets dans les mains de Vielorine. Tu ne craindras pas de venir en Amérique. À ton arrivée, on ne tuera pas le veau gras, parce qu’on les nourrit tous, mais on tuera un capon.
Si tu peux m’apporter cinq mouchoirs de laine pour l’hiver, un peu gros.
Tu diras à ma fille Marie qu’elle en choisisse de la couleur de celui que j’ai emporté. Si tu peux m’apporter un chapeau de paille d’Italie à ma mode, garni avec plumage noir. Si vous en apportez davantage, vous les vendrez à bénéfice.
Vous direz à Marie qu’elle peut m’acheter un habit en coton bleu et des tabliers aussi en coton un peu croisé.
Vous prendrez des paquets de fil noir en flotte, c’est le meilleur pour coudre. Vous prendrez du coton blanc et en couleur.
J’ai eu un aperçu que tu te décidais de venir en Amérique. Tu peux venir en toute sûreté si ton mari en est consentant.
Chère amie, je finis en t’embrassant de tout cœur et toute votre famille, surtout Jérémie. Vous donnerez bien le bonjour à Christine Blanche et à Jean-Louis Hauteville votre voisin.
En attendant de vous voir et de vous embrasser, je vous salue très sincèrement.
Bouvet Françoise, Jean Degenève et toute la famille vous donne le bonjour.
📄 Consulter la lettre originale (PDF)
(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)
Les « commissions » : un commerce entre deux continents
Dans cette lettre, Bouvet demande d’apporter de nombreux objets :
- outils
- vêtements
- graines
- petits objets du quotidien
Ces demandes sont appelées des « commissions ».
Un système très répandu
Au XIXᵉ siècle, les colons ne trouvent pas tout sur place.
Ils demandent donc aux personnes qui voyagent :
- d’apporter des objets utiles
- ou des marchandises à revendre
Un complément de revenu
Certains produits sont recherchés en Argentine :
- chapeaux
- tissus
- outils
- petits objets manufacturés
👉 Bouvet précise même :
➡️ « vous les vendrez à bénéfice »
Ces échanges permettent :
- de rendre service
- mais aussi de gagner de l’argent
Un réseau de confiance
Ce système repose entièrement sur :
- la famille
- les voisins
- les connaissances du village
👉 Sans contrat, tout fonctionne à la confiance.
Conclusion
Ces « commissions » montrent :
➡️ les besoins matériels des premiers colons
➡️ l’ingéniosité des migrants
➡️ et l’existence d’un véritable réseau entre la Savoie et l’Argentine
