La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901
Le fils – Célestin François Bouvet – 1856 – 1942

Colonie Neuve (Argentine), 24 mars 1911

Résumé

Célestin Bouvet écrit à son beau-frère pour donner des nouvelles de la famille, évoquant une naissance récente et l’état de santé général.
Il décrit une année agricole difficile, marquée par une nouvelle invasion de sauterelles et une longue période de sécheresse, malgré quelques zones épargnées. 
La lettre est aussi marquée par un deuil, avec l’annonce du décès d’un jeune membre de la famille Hauteville.
Elle se termine par des salutations et des vœux adressés aux proches restés en Savoie.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonie Neuve, mars 24 de 1911

Monsieur Joseph Hauteville, feu Alexandre, commune de La Vernaz

Cher beau-frère,

J’ai reçu ta lettre le 27 janvier passé, celle que j’ai reçue avec grand plaisir et qui nous a trouvés assez passablement bien. Je dis passable, pourquoi quand on devient vieux, il y a toujours quelque chose qui fait mal.

Cher beau-frère, je désire, quand tu recevras la présente, que vous soyez tous en bonne santé, ce sont mes meilleurs désirs.

Le jour que j’ai reçu la lettre, je n’avais pas même le temps de la lire. Je vous dirai pourquoi on avait la batteuse et une vingtaine d’hommes pour le travail et en même temps la belle-fille pleurait ce qu’elle a toute l’année, c’est-à-dire dans la douleur d’enfantement. Tu peux te faire une idée si j’avais envie de m’asseoir. Elle a eu un garçon, celui-ci se porte bien, il profite beaucoup.

Cher beau-frère, cette année n’a pas été meilleure que l’autre. Nous avons eu les sauterelles une autre fois. Peut-être ce sera la dernière année, pourquoi c’est la septième année qu’elles viennent. D’habitude elles viennent 7 ans, après il passe quelque temps qu’elles ne viennent pas. Où elles n’ont pas été, la récolte a été excellente.

Nous autres, elle n’a pas été bonne en rien. Elle a été meilleure que l’année passée et de surcroît la sécheresse depuis septembre à février sans pluie, c’est-à-dire 4 mois sans pluie. Maintenant une autre fois sec, d’abord 2 mois sans apparence de pluie, peu d’herbe, peu de paille pour les animaux en été. Cela devient que l’agriculture s’étend beaucoup.

Enfin, Dieu est maître de tout, il sait ce qu’il a à faire de nous, en attendant une meilleure année une autre fois.

Cher beau-frère et parents, je vais vous dire qu’on est en deuil une autre fois. Un des fils de Jean-Louis Hauteville est mort aujourd’hui à 4 heures du matin de la maladie du cœur et des rognons, âgé de 24 ans complets et environ 4 années marié sans succession. Je ne suis pas autorisé pour que vous le disiez à ses parents, mais vous pouvez leur dire le restant.

La famille se porte assez bien pour le moment. Et vous ? Je crois que vous avez eu beaucoup de neige et beaucoup de froid et un charmant printemps. Les bulletins vous pronostiquent une bonne récolte.

Chers parents, je vous désire toutes sortes de bonheur et mes meilleures amitiés.

Bouvet Célestin

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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

Les sauterelles : un cycle redouté

Dans cette lettre, Bouvet évoque une idée répandue chez les colons : les sauterelles reviendraient pendant 7 années consécutives
Même si ce cycle n’est pas strictement scientifique, il correspond à une observation fréquente :

  • plusieurs années d’invasions successives
  • puis une période de répit

Ces invasions ont des conséquences importantes :

  • destruction des cultures
  • appauvrissement de certaines familles
  • incertitude permanente

Bouvet espère que 1911 sera la dernière année de ce cycle.

La batteuse : un travail collectif

Bouvet mentionne la présence : d’une vingtaine d’hommes autour de la batteuse
La batteuse est une machine utilisée pour :

  • séparer le grain de la paille
  • accélérer le travail après la récolte

Son utilisation nécessite :

  • beaucoup de main-d’œuvre
  • une organisation collective

👉 Ces journées sont des moments importants :

  • travail intense
  • entraide entre familles
  • rassemblement des voisins

La batteuse marque une évolution vers une agriculture plus organisée et plus efficace.

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