La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901
Le fils – Célestin François Bouvet – 1856 – 1942

Colonie Neuve San José (Argentine), 22 août 1892

Résumé

Célestin Bouvet écrit à son beau-frère et à sa sœur pour leur donner des nouvelles de la colonie.
Il évoque d’abord l’absence de nouvelles de leur part et renouvelle sa demande concernant l’envoi d’un fourneau, tout en précisant les modalités si eux-mêmes ne viennent pas.
Il revient ensuite sur leur projet de voyage en Argentine, qu’il encourage vivement, estimant qu’une fois sur place ils regretteraient de ne pas s’y installer définitivement.
La lettre décrit également des conditions climatiques difficiles, avec un hiver exceptionnellement sec et marqué par de fortes gelées, qui ont inquiété les colons pour leurs cultures. Malgré cela, certaines récoltes restent satisfaisantes, notamment les pommes de terre.
Elle se termine par des nouvelles familiales et des salutations, traduisant à la fois l’attente de réponses et le lien maintenu avec la famille restée en Savoie.
Cette lettre illustre bien le quotidien des colons, entre incertitudes agricoles et espoir d’une installation durable.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonia neuve de Saint Joseph, le 22 août 1892

Cher parent,

Cher beau-frère et sœur, je prends la plume en main pour vous écrire une seconde fois en vous disant que nous sommes tous en bonne santé et toute la parenté de même, grâce à Dieu. Que la présente vous trouve tous de même.

Cher beau-frère, j’endure le temps de ne pas recevoir de vos nouvelles. Je ne sais pas si vous avez reçu la lettre que je vous ai envoyée, datée du 12 de mai.

Si par hasard vous ne l’avez pas reçue, je vous demande que vous me fassiez le service, si vous le pouvez, de m’amener un fourneau à quatre marmites, avec tuyau, correspondant du numéro 10, comme celui que Marie Hauteville a amené à son frère Jean-Louis, et je vous rembourserai.

En tout cas, comme murmure le monde que c’est très probable que vous ne veniez pas, vous voudrez bien me faire le service de le recommander à monsieur Pierre Frézier de la commune de Vailly, à qui j’en avais parlé avant son départ pour l’Europe, qui m’a dit qu’il le ferait. Et vous lui donnerez bien le bonjour de ma part et à sa femme Claudine Fillon.

Cher beau-frère et sœur, mon frère Albert m’a dit qu’ils avaient reçu de vos nouvelles et que vous disiez que s’il fallait vendre pour venir, autant rester.

Eh bien, cher parent, que votre volonté se fasse, non pas la nôtre. Mais moi je dis, quand vous serez ici, vous voudriez avoir vendu parce que vous ne seriez pas si lâches de ne pas venir vous promener dans ce nouveau paradis terrestre où nous sommes. Enfin, nous parlerons plus à l’aise quand vous serez là.

Cher beau-frère, j’ai oublié de vous dire de ne pas vendre vos vêtements, car ici ils sont chers. Mais je crois vous en avoir parlé, me semble.

Josué Hauteville a mis une lettre à la poste le 14 de ce mois-ci et m’a dit qu’elle était faite depuis la Saint-Pierre, et il m’a dit qu’il ne voulait plus écrire. Je lui ai demandé pourquoi. Qu’est-ce qu’il m’a répondu ? Je crois que vous le comprenez bien : il m’a dit qu’ils fassent comme moi, qu’ils viennent voir. Pourtant que moi, je suis content d’y être. Tout le regret que j’ai, c’est de n’être pas venu plus tôt.

Cher parent, peut-être que je vous écris trop tard, mais je sais que vous aurez bien reçu la lettre que je vous ai envoyée.

Cher parent, pour ne pas vous être trop long dans mes discours, je parlerai un peu depuis que je ne vous ai écrit.

Nous avons eu un hiver très sec. On craignait même de ne pas pouvoir semer les blés. Depuis le 10 mai jusqu’à la fin juillet, nous avons eu peut-être dix minutes de pluie et tous les soirs il gelait.

Que moi-même, depuis que je suis en Amérique, je n’ai jamais vu geler si longtemps et si fort, car j’ai vu un matin que l’eau était gelée dans la cuisine dans une poêle.

Je craignais même qu’il m’aurait gelé les pommes de terre de semence qui étaient seulement bâchées avec des cannes de maïs dehors. Mais non, elles n’ont pas eu de mal.

Il me semble que je vous ai dit que j’avais semé cent soixante arrobes de pommes de terre. L’arrobe est de dix kilogrammes. Nous en avons récolté environ six cents arrobes, sans compter les petites.

Nous venons de finir de planter une partie de cette récolte-ci. Les blés ont bonne façon.

Cher beau-frère et sœur, je vous dis que XXX François est par là, mais moi je ne l’ai pas encore vu. On m’a dit qu’il avait déjà fait trois patrons.

Je terminerai ma lettre en vous donnant le bonjour et vous le donnerez à tous les parents et amis, vous donnant une poignée de main.

Au revoir, portez-vous bien. Je suis votre humble serviteur dévoué.

Bouvet Célestin

Colonie Neuve de San José
Villa Colon
Entre Rios
République Argentine
Amérique du Sud

📄 Consulter la lettre originale (PDF)
(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

Un climat parfois extrême

Cette lettre met en évidence une réalité souvent sous-estimée : les conditions climatiques difficiles en Argentine

Un hiver inhabituel

Célestin décrit :

  • une longue période sans pluie
  • des gelées répétées
  • un froid intense

👉 au point de voir l’eau geler dans la maison

Des risques pour les cultures

Ces conditions entraînent :

  • des retards dans les semis
  • des pertes possibles
  • des inquiétudes pour les récoltes

➡️ notamment pour les pommes de terre de semence

Une agriculture d’adaptation

Malgré ces contraintes :

  • les colons continuent à planter
  • ils protègent leurs cultures comme ils peuvent
  • ils s’adaptent aux aléas climatiques

Conclusion

Cette lettre montre que :

➡️ le climat peut être un facteur déterminant dans la réussite des colons
➡️ les conditions ne sont pas toujours favorables
➡️ mais l’adaptation reste au cœur de leur quotidien

Vues : 0