La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901

Colonie Hoker (Argentine), 25 juin 1893

Résumé

Dans cette lettre écrite le 25 juin 1893 depuis la colonie Hoker, Jacques-François Bouvet annonce à sa fille et à son beau-fils la mort de leur frère François, décédé le 27 mars alors qu’il travaillait comme forgeron-mécanicien.
La famille a appris la nouvelle par une lettre de son patron et reste encore sans détails précis sur les circonstances du décès, les communications étant perturbées par une révolution dans la région des frontières du Brésil.
Bouvet invite les siens à prier pour le repos de l’âme du défunt et assure que, malgré ce deuil, le reste de la famille se porte bien.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonie Hoker, le 25 juin 1893

Bien chère fille et beau-fils,

J’accomplis, en vous écrivant, un bien triste devoir. Comme vous savez déjà, François, votre frère, dans le but de travailler comme forgeron-mécanicien, avait quitté la maison paternelle il y a quelques années déjà.

Nous nous attendions d’un moment à l’autre, d’après ce qu’il nous avait écrit, qu’il rentrerait à la maison pour exercer son métier, quand un jour néfaste nous recevons une lettre de son patron nous annonçant la douloureuse nouvelle qu’il était décédé le 27 mars à 9 heures du matin.

Cette mort si prématurée qu’inattendue nous a tellement bouleversés tous dans la maison que nous doutions même que cette lettre fût véridique. Pour nous en assurer et savoir les détails, Albert partit pour se transporter sur les lieux. Seulement, comme il travaillait sur les frontières du Brésil et qu’en ce moment il y avait une révolution, il n’a pu arriver au but de son voyage, vu que les communications entre la Bande Orientale et le Brésil étaient interrompues.

Alors nous avons écrit à son patron, lui demandant des détails explicites. Nous les attendions avec impatience et remettions à vous annoncer cette douloureuse nouvelle, sans pouvoir vous donner de détails, vu qu’ils n’arrivent pas.

Mais comme le temps passe et que nous ne recevons rien, je vous communique la nouvelle telle que nous la tenons. Donc nous savons positivement qu’il est mort.

Quand nous aurons d’autres détails, nous vous les communiquerons. En attendant, unissons-nous dans nos prières et faisons prier Dieu pour le repos de son âme.

Pour les nouvelles de la famille, en dehors de la douleur qui nous afflige tous, tout va bien. Nous sommes tous en bonne santé, espérant que la présente vous trouvera tous de même.

En attendant donc de pouvoir vous donner de meilleures nouvelles qu’aujourd’hui, agréez les salutations affectueuses que vous envoie de cœur toute la famille de

Votre père dévoué
Jacques François Bouvet

P.S. J’oubliais de te dire que la mère te recommande beaucoup de ne pas oublier de faire dire une messe et de communiquer la triste nouvelle, qui nous plonge tous dans le deuil, à tous les parents.

Toujours votre père dévoué.

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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

Une révolution mentionnée dans la lettre

Dans une lettre du 25 juin 1893, Jacques-François Bouvet explique que son fils Albert n’a pas pu se rendre à la frontière du Brésil pour obtenir des nouvelles de son frère François, car « les communications entre la Bande Orientale et le Brésil étaient interrompues ». Cette remarque fait probablement référence aux troubles politiques qui agitent l’Uruguay à cette époque, lorsque les rivalités entre les partis Colorado et Blanco provoquent plusieurs soulèvements armés dans le pays.

La « Bande Orientale »

Le terme Bande Orientale est l’ancien nom de l’Uruguay.
Au XIXᵉ siècle, ce nom reste encore très utilisé dans le langage courant, notamment chez les Européens installés dans la région.

La révolution uruguayenne de 1893

En 1893, l’Uruguay connaît une période d’agitation politique liée aux conflits entre les deux grands partis du pays :

  • Parti Colorado (au pouvoir)
  • Parti Blanco (opposition)

Ces tensions entraînent plusieurs soulèvements armés et troubles régionaux, particulièrement dans les zones proches des frontières avec le Brésil.

Dans certaines régions rurales, ces événements provoquent :

  • l’interruption des communications
  • des déplacements difficiles
  • des routes peu sûres.

Conséquence dans la lettre

Lorsque Bouvet écrit qu’Albert n’a pas pu atteindre la frontière du Brésil, cela signifie probablement :

  • que les routes étaient coupées
  • ou que les déplacements étaient dangereux à cause des combats ou des troupes en mouvement.

Cela peut expliquer pourquoi la famille n’a pas pu obtenir rapidement des détails sur la mort de François.

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