La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901
Colonie Hoker (Argentine), 19 mai 1892
Résumé
Dans cette lettre écrite le 19 mai 1892 depuis la colonie Hoker, Jacques-François Bouvet envoie plusieurs photographies de sa maison destinées à différents membres de la famille restés en Savoie.
Il donne quelques nouvelles de la vie dans la colonie, évoque Josué qui travaille avec eux, et rappelle à son beau-fils et à sa fille les conseils déjà donnés concernant une éventuelle émigration en Argentine.
Il insiste pour qu’ils prennent leurs précautions s’ils vendent leurs biens avant le départ et termine en demandant qu’on lui procure des lunettes d’approche lors de la foire de Crête.
Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.
Transcription
Colonie Hoker le 19 mai 92
Cher beau-fils et fille
Je me presse de vous écrire ces quelques lignes pour vous envoyer nos photographies de la maison. Il en a cinq, une pour toi que si tu viens en Amérique tu la donneras à Claude François Bouvet, fils de XXX Jean Marie. Les autres, une à ta tante Julienne, une pour tes cousines à la tante Louise, une à Victor Morel, et une à Vicaire pour le souvenir de moi et la, la XXX XXX
Pour Josué, il est chez-moi, mais il est capricieux fripolin pour le C.F.B. donne le travail.
J’ai la fille XXX José XXX qui donne le bonjour à XXX fils d’Antoine de Bioge, son parrain. Ainsi, nous tenons des XXX Vous seriez encore mieux que des étrangers.
J’ai commandé sur la lettre de Guérin Bouvet une pipe argent neuf comme celle qu’on se servait une fois.
Cher beau-fils et fille, vous ferez attention à votre travail. Vendez tout pour venir ou restez. Vous savez ce que je vous ai dit, bien que je doive faire un renvoi de réponse avant votre départ.
Maintenant, le vieux Jean de Genève est mort le 23 avril. Jacques est mort cette nuit. Les embarras sont en grandes partis pour nous.
Cher beau-fils et fille, prenez bien vos précautions pour vendre, que vous ne soyez pas attrapé comme moi, parce que je ne me ferais pas mal de XXX. Qu’il crève ou non, nous avons plus de terre que pour les enterrer tous XXX
Enfin, sur votre réponse sur ce que vous me demanderez, je vous répondrais et je vous donnerai les renseignements les plus possibles.
En attendant le plaisir de recevoir de vos nouvelles et réponse, je suis pour la vie le père et mère. C’est pour moi que j’écris
Jacques François Bouvet
Enfin, à parent et amis le bonjour. Si je travaille je veux bien.
J’oublie des lunettes d’approche à deux yeux ou simple mais bonne. A la foire de crête vous les trouverez à prix. L’amoureux qui est sur la photographie est Josué Diosson à Ménet, vous comprendrez un jour
Bouvet
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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)
Les premières photographies envoyées par les émigrants
À la fin du XIXᵉ siècle, les émigrants savoyards commencent à envoyer des photographies à leur famille restée au pays. Ces images représentent souvent la maison, la famille ou les terres cultivées. Elles permettent de montrer les conditions de vie dans les colonies et servent parfois à convaincre d’autres parents de venir les rejoindre en Amérique.
Les photographies envoyées d’Argentine : un indice historique
La lettre du 19 mai 1892 est intéressante car Jacques-François Bouvet annonce l’envoi de cinq photographies de sa maison à distribuer à plusieurs personnes restées au pays :
- Claude-François Bouvet
- la tante Julienne
- la tante Louise et ses cousines
- Victor Morel
- Vicaire
Cette mention est précieuse pour comprendre la circulation des photographies dans les familles d’émigrants.
La photographie chez les émigrants à la fin du XIXᵉ siècle
Vers 1880-1900, la photographie devient plus accessible grâce aux procédés sur papier albuminé puis aux tirages argentiques. Les émigrants commencent alors à envoyer :
- des portraits de famille
- des photographies de leur maison
- parfois des images de leurs terres ou de leurs chevaux
Ces images servaient à :
- rassurer la famille restée en Europe
- montrer la réussite en Amérique
- encourager d’autres parents à venir.
Pourquoi Bouvet envoie la photo de sa maison
Dans cette lettre, Bouvet est très insistant pour convaincre son beau-fils et sa fille de venir en Argentine.
Envoyer la photographie de la maison a donc une fonction très claire :
- prouver que la famille est bien installée
- montrer que la colonie n’est pas un endroit misérable
- illustrer la réussite agricole.
C’est une stratégie que l’on retrouve dans beaucoup de correspondances d’émigrants savoyards en Argentine.
Un détail révélateur dans la lettre
Bouvet précise que chaque photographie doit être donnée à quelqu’un de précis.
Cela montre que la photo n’est pas un objet personnel mais un objet collectif, destiné à circuler dans tout le réseau familial et amical du village.
Dans les villages du Chablais, une seule photographie pouvait être vue par des dizaines de personnes.
