Colonie San José (Argentine), 27 mai 1876

Résumé

Dans cette lettre écrite le 27 mai 1876 depuis la colonie de San José, Jacques-François Bouvet informe sa famille de sa bonne santé et de celle des siens après leur installation en Argentine. Il décrit la traversée, l’achat de plusieurs concessions de terres, la qualité des sols, les cultures possibles, l’élevage et les moyens de travail dont ils disposent. Il évoque également la vie quotidienne dans la colonie, la pratique religieuse, l’économie locale et les relations avec d’autres familles, tout en comparant la situation en Amérique à celle de l’Europe et en donnant son avis sur les possibilités offertes aux familles souhaitant émigrer.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonie San José, le 27 mai 1876

Cher beau-frère, et belle-sœur, et toute
la famille, et celle d’Alexis.

Je profite de l’occasion de Eugène Garnin qui va en Europe pour vous faire savoir de nos nouvelles qui grâce à Dieu qui sont bonnes et nous sommes tous en bonne santé.
Au contraire nous sommes plus robustes qu’en Europe. Je désire que la présente lettre vous trouve de même.

Nous avons fait une bonne traversée, il n’y a eu que la Françoise et l’Élie qui ont eu la maladie de mer pour dire moi point. Nous avons embarqué le 17 décembre et nous avons débarqué le 17 janvier à villa Colón.

Chers beaux-frères et belle-sœur nous vous félicitons nos amitiés sincères de toute la famille de votre bon cœur et amitié. Vous croyiez que nous étions misère en Amérique non c’est tout le contraire. Je veux vous expliquer notre position juste et vous pourrez me croire.
Je vous dis la vérité.

Chère belle-sœur nous avons acheté 4 concessions 3 des concessions que Bondaz avait le gouvernement l’a sorti à défaut de paiement

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et on lui en a donné 2 à côté de nous c’est-à-dire Bondaz Dianlouga de Révroz. Il y avait 3 ans qu’il y était et l’autre concession je l’ai achetée du gouvernement. Ça fait que nous avons le carré et de chaque face 1100 mètres de bonne terre labourable. De toute manière au long et en travers il y a maison et puits et pour une plantation de toutes sortes d’arbres pêcher, figuiers, orangers…

Nous avons l’arroille pour faire boire les bêtes sur notre camp. Nous avons 22 bêtes à corne tant que vaches et génisses et des bœufs. Des bœufs à travaux nous en avons 6 comme des plus beaux que vous vous servez d’habitude et ils sont plus forts à la charrue que les meilleurs chevaux de la Vernaz et nous avons 9 chevaux tant que pour char que pour aller à cheval. De plus loin pour aller à pied c’est de traverser nos concessions encore pas toujours. Grâce à Dieu c’est tout payé mais il ne m’a pas resté de l’argent pour reloter mais j’espère qu’on en fera plus tard et des bêtes sur nos concessions on pourra en tenir plus tard au moins 100.

Chère belle-sœur pour la religion il y en a autant qu’en Europe sur tout point même davantage car les 3 jours de la semaine sainte c’est défendu de travailler. Il y a un meunier qui a voulu moudre à cause du vent et on l’a mis une amende de 100 frs.

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Chère belle-sœur à notre arrivée nous avons eu du monde en masse pour emmener nos bagages et nous avons fait 8 jours de noces chez Borget avec Célestin et Célestin a eu à sa portion 25 fanègues de blé qui fait 62 coupes ½ de chez nous.
Ainsi autant que le premier voleur de La Vernaz et tout ce que c’est dommage qu’il ne m’ait pas volé 10 ans plus vite. Qu’il crève quand il voudra tout ce qu’il m’a volé jamais je ne lui donne au voleur Joseph Lalay qu’il fasse ce qu’il voudra et n’ayez pas peur de lui dire voleur.

Enfin il ne nous a pas encore semblé long une minute à tous en Amérique. Toutes marchandises se vend bien les œufs se vendent 1 fr 50 le beurre 1 franc comme qui soit les marchands passent tous les lundis devant la porte tout se vend jardinage et toutes sortes de légumes notre jardin est sous nos fenêtres.

En Amérique il y a assez de terre à vendre et on fait à présent une colonie neuve et il y a terre bois et eau et tout, seulement nous sommes un peu loin du bois mais c’est du bon bois.

Celui qui vient en famille qui a un peu d’argent il peut se placer comme il veut et heureusement pour l’existence. De venir en Amérique seul il n’en vaut pas la peine pour son retour je ne l’encourage pas

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et je n’encourage personne. Vous me direz que je suis comme les autres oui c’est vrai mais je ne voudrais pas avoir laissé à venir en Amérique ni pour or ni pour argent. Je m’y plais trop et c’est à l’avantage on fait autant de travail d’une demi-journée que d’une entière en Europe.

On dit en Europe qu’on fait faire les lettres à la fantaisie du gouvernement, non personne ne dit rien. La Françoise se repent de n’avoir pas mieux fait la charité en Europe parce qu’ici il n’y a pas l’occasion, pas de pauvres ni pour loger ni pour manger. Les plus pauvres battent 100 coupes de blé et celui qui a faim en Amérique est un fainéant rien que sur le bénéfice des épingles à cheveux la Françoise a acheté 30 poules et notre Marianne a tort de pas venir avec nous.

Il y en a passé des plus vieilles. Elle n’aurait rien à faire que se veiller le petit à Célie et ramasser les œufs, et Jean Louis est avec nous et toute la famille.

On a bien blagué à la Vernaz après les frères Garin on voit bien que ce n’est pas vrai et le monde les aime bien où ils sont. Ils sont loin de nous, 2 heures. Nous sommes allés les trouver moi et la Françoise nous sommes restés 3 jours. Ils sont parfaitement bien. La
Madeleine fait des tommes aussi grosses que les Bouvet les font au XXXXX. Ils nous ont donné des sandis de 3 qualités c’est-à-dire comme les courges de chez nous. Elles viennent comme des petits barils. (Report)

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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

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