Colonie San José (Argentine), le 1er mai 1879

Résumé

Dans cette lettre écrite le 1er mai 1879 depuis la colonie de San José, Jacques-François Bouvet informe sa fille des mariages récents de ses deux fils et de la bonne santé de l’ensemble de la famille.
Il décrit leur installation, les terres exploitées, la récolte, la maison neuve et les ressources alimentaires disponibles.
Il évoque également les relations familiales et amicales, les absences regrettées, ainsi que son rôle au sein de la colonie.
Il conclut en demandant des nouvelles de la famille restée en Europe et en réaffirmant que, malgré l’éloignement, la vie en Argentine leur est favorable.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonie de San José, le 1er mai 1879

Chère fille,

J’ai retardé de te répondre, c’est pour pouvoir te donner des renseignements du mariage de tes frères, qui sont mariés tous les deux, que, grâce à Dieu, nous sommes tous en bonne santé, ainsi que moi et ta mère, aussi bien que quand on est partis.

Je désire que la présente te trouve de même, et que le bon Dieu et la Sainte Vierge te comblent de leurs grâces, et que tu fasses une bonne fortune.

Célestin est marié le 20 mars avec une fille dont le père et la mère sont du canton de Berne, en Suisse. Ils sont catholiques comme nous. Elles sont deux sœurs, une est mariée à l’Uruguay, et lui habite avec le père et la mère, qui sont tous vieux. Ils ont 4 concessions fermées en fils de fer pour les deux, et il y a 1 500 mètres loin de nous.

Ta mère y va une fois souvent à pied. C’est là où Jean-Louis et l’Élie habitent. Et l’Élie, on attend de jour en jour qu’elle doit accoucher.

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Joseph est marié aussi le 15 avril, il habite avec nous. Son père s’appelle François Command, né à la Chapelle-d’Abondance. Sa mère s’appelle Françoise Bouanard, de Sétroux. C’est celui qui a acheté le terrain de Cruz, qui est allé à Bonnevaux acheter du terrain l’année passée. Je ne te dis pas qu’il n’y en a pas en France de plus belles femmes, mais à la colonie il n’y en a pas de plus belle, et je suis bien fâché que tu n’aies pas été avec nous pour les noces. Ils se sont mariés avec honneur. Les noces ont duré trois jours, et nous désirons, moi et ta mère, avec la grâce de Dieu et de la Sainte Vierge, que tu portes la couronne comme tous l’ont portée.

Chère fille, la Françoise Borget t’embrasse de tout son cœur et te remercie de tes XXXX. Elle est mariée le même jour que Joseph. Elle a marié le fils d’Eugène Lugrin, de Révroz, beau-frère de Jean Borget, et ils se sont ruinés à la colonie de Cassère, à 6 heures loin de nous. Tu n’oublieras pas le bonjour à Alexandre XXX.

Chère fille, je suis bien fâché que la Marianne ne soit pas venue avec nous, mais combien de fois nous lui avons dit, moi et la mère, et ils m’ont fait beaucoup de peine. Elle s’est laissée influencer par son frère Louis, que je voyais assez qu’elle voulait être méprisée.
Si elle se sent bonne de pouvoir venir, quel titre son argent dans peu XXXXX, il va une femme en Europe chercher sa sœur, elle pourrait venir avec elle de toute confiance.

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Tu diras à mon cousin français XXXXX forme pour faire un nettoyage, pour nettoyer le blé. S’il y a quelqu’un de confiance en Europe, je lui écrirai à l’avance, et pour la XXXX.

Notre récolte n’a pas été aussi bonne que l’année passée. Les blés n’ont pas autant grainé.
Il y a de tout. Nous avons moissonné et battu le blé sans pluie.

Je te dirai que nous sommes dans la maison neuve. Elle contient la cuisine et le four dedans, deux chambres dessous, deux dessus et deux caves. On n’a pas peur de tomber, c’est à plein pied en sortant. On peut manger des poires, des pommes, des pêches, des abricots, des figues et des raisins tout autour de la maison, ainsi pense quelle misère nous pourrons avoir pour le moment, grâce à Dieu.

Tu donneras bien le bonjour à la Marianne et à ta marraine, et à François, et à mon oncle Jean-Marie, et à mon oncle Joseph Davet, s’il n’est pas mort, et à la famille de sous le verger.

Chère fille, quand tu m’écriras, tu demanderas à la tante combien elle m’a envoyé de pommes de terre, et tu leur donneras bien le bonjour de la part de toute la famille, à tous, et je ne leur écris pas que je n’ai reçu une lettre d’eux. Savoir comment ils se comportent tous, et nous avons vu la Rose, qui nous a bien fait les commissions aussitôt qu’elle est arrivée ; elle nous a fait voir comment il fallait effeuiller la vigne.

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Chère fille, nous ne sommes pas bien malvenus en Amérique. Un jour on était à Cassère avec tes frères. Ta mère a reçu les ordres que j’étais alcalde, qui veut dire que j’étais comme juge de paix dans notre colonie. Je ne voulais pas, à cause que je ne sais pas bien parler la castillane. Ils n’ont pas voulu m’en démettre. Ils m’ont trouvé capable.

Tu donneras le bonjour à la famille Turin et à celui XXX. Jean-Louis se porte très bien, et si sa tante Marie était ici, qu’elle occuperait l’état qu’elle faisait quand on était partis, et gagnerait de l’argent, et elle irait tout le temps à voiture.

Tu diras à la Claudine Hauteville Matringe que la femme de Jean Blanche est morte.
Ici, les journaux parlent de la guerre en France forte, et tu tâcheras de nous donner des nouvelles du pays, des morts et un peu de tout, au plus tôt possible.

J’ai oublié de te dire que nous avons une foire tous les premiers lundis des mois.

Tu enverras cette feuille à Joseph Hauteville, à Paris. Je ne l’ai pas envoyée parce que, toute fois, s’il était plus loin ou à la Vernaz, et si tu veux l’envoyer complète, tu feras comme tu voudras.

Mon adresse, tu la sais assez.

Ton père et ta mère,
Bouvet Jacques-François

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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

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