La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901

Colonie Hoker (Argentine), 19 octobre 1897

Résumé

Jacques François Bouvet répond à sa fille en évoquant des questions de procuration et de gestion des comptes, insistant sur la nécessité de choisir une personne de confiance. Il exprime aussi son refus de retourner en Europe, évoquant la disparition de ses contemporains et ses dettes passées. 
La lettre mêle nouvelles familiales, rumeurs venues du pays et préoccupations financières, notamment autour de dettes et d’engagements non réglés.
Il évoque également les sauterelles, qui ont causé de lourdes pertes l’année précédente, tout en indiquant une situation agricole plus favorable cette année.
Il termine par des salutations affectueuses et affirme rester actif malgré l’âge, notamment en continuant à se rendre à la messe chaque dimanche.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonie Hoker, le 19 octobre 1897

Chère fille,

Je m’empresse de répondre à ta lettre datée du 12 septembre dernier que j’ai reçue le 14 octobre. J’étais prêt de t’écrire pour savoir si vous aviez reçu les lettres envoyées le 13 décembre 1896, parce que je trouvais le temps long.

Grâce à Dieu, nous sommes tous en bonne santé, fiers et bien portants, ainsi que l’Élie. Je désire que la présente vous trouve de même.

Albert est toujours avec nous. Il n’a jamais quitté. Nos belles-filles nous supportent aussi bien que nos enfants propres.

Maintenant, avec François, pour faire une procure, il faut savoir à qui celui qui veut l’accepter. Si Joseph, ton mari, se sent capable d’en sortir avec François, je la lui donnerai, ou trouvez-en un autre qui soit capable et de confiance pour sortir les comptes.

Je vous dirai ce qu’il y a à faire pour moi pour retourner en Europe. Je n’y vais pas. Les vieux sont presque tous morts. Il n’y en reste plus rien que quelques-uns de mes amis. Je ne voudrais pas voir mes bons créanciers, car ce n’est pas rien que les gros, il y en a beaucoup de petits.

Pour les petites commissions que ta mère a envoyées pour la femme de Mangeon, tu ne parles pas de deux paires de chapelets de la Notre-Dame de Luján, un gros et un petit. Le gros, on l’a vu de la chapelle à la croix et ça doit être la Marthe vers le moulin qui les a. Ils sont dans une petite boîte de carton.

Tu ne parles pas qu’il y a brûlé au Trou Brévon. Qui c’est ? Je l’ai vu sur le journal Le Léman Américain. Dis-moi si c’est vrai.

C’est vrai que Frézier et sa femme se sont quittés ? On nous l’a dit.

Pour les sauterelles, elles ont rendu des familles pauvres l’année passée. Elles sont là cette année, mais pas autant que l’année passée. Il n’y a pas encore du mal. Le gouvernement paie pour les ramasser. Il y a des familles qui font beaucoup d’argent.
La récolte, en général, a toute belle façon et de beaux blés. On espère qu’elles ne feront pas tant de mal.

Pour la croix des femmes, demande à savoir à François Morel s’il n’a pas fait un billet avec le curé voisin ou s’il a payé. Lui sait comment c’est fait. Son frère Michel en doit autant que lui. Il n’a pas voulu payer et leur oncle Louis Morel autant que les deux frères, il a ignoré.
C’est perdu pour la croix des femmes puisque ma mère y avait laissé pour la croix XXX XXX. J’en suis déchargé.

Ta tante Julienne disait qu’elle n’avait rien reçu pour son droit de maison. Si Cursat a payé, je ne dois rien. Je me suis déchargé de tout. Si elle a perdu avec XXX, je ne sais qu’y faire.

Tu me dis que tu as payé 300 francs de caution pour ta cousine Julie Béchet. Est-elle insolvable ? Qu’est-ce qu’elle a marié pour un ? Dis-nous, son père Michel, comment il est, comment il se porte. C’est notre filleul, le bon.
Comme la rhabilleuse et ta mère étaient bonnes amies, donne-lui le bonjour. Qu’elle se porte toujours bien, grâce à Dieu, ainsi que Joseph, son filleul.

Pour la procure, inquiète-toi promptement pour me répondre au plus vite possible, que je puisse vous l’envoyer.

Dis à Jean-Louis XXX que c’est trop de bonne heure pour se laisser mourir. Je n’ai plus d’ami véritable que lui et Victor Maret. Que je me porte toujours bien, Dieu merci. Que je vais tous les dimanches à la messe sur un beau cheval gris.

Embrasse-les pour moi. Le bonjour à parents et amis.

J. F. Bouvet

📄 Consulter la lettre originale (PDF)
(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

Le « Léman Américain » : un journal des émigrés

Bouvet mentionne un journal : Le Léman Américain
Ce type de journal est destiné aux émigrés savoyards installés en Argentine.
On y trouve :

  • des nouvelles des villages d’origine
  • des faits divers (incendies, décès, événements locaux)
  • des informations utiles aux familles

Ces journaux jouent un rôle essentiel :
👉 maintenir le lien avec le pays
👉 diffuser les nouvelles entre les deux continents

Dans cette lettre, Bouvet apprend ainsi un incendie au « Trou Brévon » par la presse avant d’en avoir confirmation par sa famille.

La lutte contre les sauterelles

Bouvet évoque une situation étonnante : le gouvernement paie pour ramasser les sauterelles
Au XIXᵉ siècle, les invasions de sauterelles sont fréquentes en Argentine et peuvent détruire des récoltes entières.
Face à ce fléau, les autorités mettent en place :

  • des campagnes de collecte
  • des primes pour encourager les habitants à les ramasser
  • des destructions massives pour limiter leur reproduction

👉 Certaines familles en tirent même un revenu temporaire

Cela montre à quel point ce problème est sérieux et organisé à grande échelle.

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