La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901
Colonie Hoker (Argentine), 1er août 1892
Résumé
Dans cette lettre écrite le 1er août 1892 depuis la colonie Hoker, Jacques-François Bouvet répond à son beau-fils au sujet d’un éventuel départ pour l’Argentine.
Il rappelle qu’il lui a conseillé de venir s’installer près de lui et lui propose toujours son aide pour commencer une nouvelle vie.
Il décrit la crise monétaire qui frappe alors le pays : les prix sont élevés pour ceux qui possèdent seulement du papier-monnaie, mais les personnes disposant d’or peuvent acquérir terres et biens à très bon prix.
Bouvet insiste toutefois pour que son beau-fils décide librement de son avenir. La lettre se termine par quelques commissions (lunettes, photographies) et des salutations familiales.
Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.
Transcription
Colonie Hoker, le 1er août 1892
Bien cher beau-fils,
Je viens justement de recevoir ta lettre du 22 juin dernier, à laquelle je m’empresse de répondre.
Dans mes lettres antérieures, j’avais cru, dans votre intérêt personnel, vous conseiller de venir en Amérique. Je vous offrais même de venir vous placer directement chez moi et vous aurais fait toutes les avances nécessaires. Cette offre vous est toujours réservée.
Maintenant, dans une autre lettre, je vous conseillais de vendre pour venir. Je croyais encore, alors, vous donner un conseil d’un grand avantage pour vous, attendu que, malgré que je sais que les terrains se vendent bon marché en Savoie, vous auriez trouvé une large compensation de cette perte ici, vu que ce pays traverse en ce moment une crise monétaire comme on n’en a jamais vu.
Figure-toi que nous avons toujours l’or XXX de 350 à 400 pour cent, ce qui fait que, malgré que les terrains, animaux et outils soient bien chers à présent pour nous autres qui n’avons que du papier-monnaie à notre disposition, il en serait tout autrement pour un qui achèterait avec de l’or.
Car enfin, il est facile à concevoir que ce que nous payons 75 ou 80 francs, celui qui a de l’or paiera cela avec une pièce de 20 francs. D’où il en résulte que celui qui pourrait arriver ici avec de l’or peut facilement se faire une belle position avec peu d’argent.
Enfin, cher beau-fils, je te répète que les conseils que je t’ai donnés, j’ai cru te les donner uniquement pour ton bien, car enfin je n’ai aucun avantage à te tromper, bien au contraire.
Maintenant, si je me suis trompé, c’est bien involontairement, et pour ce motif je te prie de m’excuser.
Il paraît que d’autres personnes plus autorisées que moi t’ont donné de meilleurs conseils. Eh bien, écoute-les ou, c’est-à-dire non, n’écoute personne que ta tête. Si tu te trouves bien en Europe, restes-y, et si non viens ici.
Ton beau-frère fera toujours son possible pour toi. Seulement, suis ta tête : n’agis jamais d’après les conseils de personne, car ici les uns s’y plaisent, d’autres s’ennuient, et je ne veux pas avoir de reproches à recevoir de personne.
Pour les lunettes que je t’avais chargées, c’était tout simplement des jumelles de grande portée ou encore des lunettes d’approche, au moyen qu’elles soient bonnes. Mais tu pourrais me les envoyer par Pierre Frézier. Seulement, pour les lunettes ainsi que pour les autres commissions, il ne faut pas que cela te gêne, car on peut remettre le tout pour plus tard.
Les photographies qui te restent, tu les remettras tout simplement à la destination donnée dans mon antérieure lettre, et celle qui accompagne la présente est pour être remise à Claude François Bouvet.
L’inconnu de la photographie, assis sur une machine de couper le foin, est Camille Cristin, dit l’Amoureux de Vinzier.
L’école la plus rapprochée de chez nous est située à environ 3 kilomètres.
Rien de nouveau à vous communiquer pour le moment, si ce n’est que nous nous portons tous bien, en désirant vivement que la présente vous trouvera tous de même.
Recevez les amitiés sincères de tous nous autres et donnez le bonjour de notre part aux parents et aux vieux amis.
Votre tout dévoué beau-père
Jacques François Bouvet
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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)
