Lettre Françoise Bouvet à sa fille Marie 1877

Colonie San José (Argentine), 11 février 1877

Résumé

Dans cette lettre écrite le 11 février 1877 depuis la colonie de San José, Françoise Garin répond à sa fille Marie restée en Savoie. Elle raconte la grave maladie qui l’a récemment clouée au lit pendant plusieurs semaines et évoque l’aide reçue de ses enfants et des voisins. Elle défend également la vie en Amérique, répondant aux critiques venues du pays sur les conditions de vie dans la colonie. La lettre laisse apparaître une grande tristesse de voir sa fille ne pas les avoir rejoints et rappelle les liens familiaux, les projets de mariage et les nouvelles des proches restés au village.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Le 11 du mois de février 1877

Ma très chère fille Marie,

Je fais réponse à ta lettre qui m’a fait un grand plaisir. Je te dirai que jusqu’à présent je ne pouvais pas répondre à tes lettres. J’avais le cœur trop gonflé de savoir que tu as eu le courage de nous laisser venir toute la famille sans toi.

Je te dirai que j’ai fait une grande maladie. J’en ai risqué la mort. Il m’a pris un dimanche, le temps de la messe. Je n’avais que l’Élise et François pour me soulager et les voisins pour m’offrir d’aller chercher le curé et le médecin. J’ai resté 4 semaines dans le lit, sans pouvoir me lever. L’Élise a été obligée de me donner à manger avec une cuillère, comme à un petit enfant.
J’avais la même maladie que ma mère en est morte. Tu peux bien te penser comme me croire, mais c’est vrai. Je n’ai jamais menti. Ce n’est pas sur ma vieillesse que je veux commencer.

Pour XXX aux autres légumes, nous avons eu la sécheresse qui a porté pénurie, mais nous en avons assez pour notre nécessaire.

Tu m’as dit que les vaches d’ici ne sont pas bonnes à lait. Ici on laisse téter les veaux toute l’année et je faisais encore des fromages qui pesaient jusqu’à 12 livres. XXX XXX XXX
Tu nous as dit que nous n’avons pas de pain et pas de foin. Nous avons un joli puits et un joli four.
Tu nous as dit que Baguette a dit qu’on ne devenait pas tant vite riche en Amérique. On ne t’a pas dit que l’on était riche, on t’a dit ce que l’on possédait.
Je te dirai que l’on a su la vérité de monsieur le curé Camille de Vinzier. XXXXX

Ma chère fille, je m’attendais toujours que tu viendrais me rejoindre, mais tu m’as envoyé que ton portrait qui m’a fait un grand plaisir et de l’ennui en même temps.
Je n’ai que l’Élise pour me lever la XXX de fille. Si tu étais venue en Amérique, tu aurais été héritière comme les autres, mais comme ça il n’y a pas espérance. C’est bien pénible pour un père de voir sa fille qui a le cœur si dur pour venir rejoindre ses parents.
De voir que tu as pu rester chez toi XXX XXX. Ton père ne t’a pas donné la bonne main en te quittant, en croyant que tu viendrais en profiter avec les autres.

Tu ne m’as pas parlé de ces petites bagatelles que je t’avais laissé à tirer. S’ils ne t’ont pas payé, fais-toi payer.
Je te remercie bien des dévotions que tu as faites pour moi et de l’offre que tu me fais pour retourner en Europe. Je suis bien content d’être ici.

Tu m’as fait de la peine de ne pas me parler de Joseph Hauteville. Je voudrais savoir ton sentiment, si tu as changé d’amant.
Je pense jour et nuit en toi et je ne te perds pas de vue, comme quand on s’est quitté à Genève.

Je te dirai que Célestin est parti se marier avec une jeune fille de XXX XXX et riche, qui ont maison et terrain tout en clôture à fil de fer et ils ont que 2 filles et ils veulent qu’il aille chez eux.
Moi, je n’ai pas encore donné mon consentement et l’on espère faire de belles noces. XXX XXX XXX

Je te dirai que l’on se porte tous bien, grâce à Dieu, et nous sommes tous bien contents d’être en Amérique. Le pays est très joli, on ne risque pas de se dérocher.

Par contre, Marie Bouvet est bien contente des compliments que tu lui as faits de t’envoyer les XXX.

Françoise XXX t’envoie bien le bonjour et il aurait beaucoup de compliments à te faire et il donne bien le bonjour à sa mère et il l’embrasse de tout son cœur.

Tu donneras bien le bonjour à toutes mes sœurs ainsi que ma belle-mère et à Marianne Morel et à l’oncle Joseph et à la tante Drion et à l’oncle Jean-Marie et à son épouse ainsi que son fils.

Le petit Albert salue bien son parrain.

Ma très chère fille Marie, je finis ma lettre en t’embrassant de tout mon cœur et je désire toujours que tu viennes nous rejoindre.

La famille se porte tous bien et te donne bien le bonjour. Je t’en souhaite de même.

Je suis toujours ta chère mère.

Françoise Garin, épouse de François Bouvet
En Amérique, Colonie San José

Chère fille, j’oubliais de te dire que si vous écoutez ceux de Saint-Paul mieux que nous, faites comme vous voudrez, parce que à l’envers ce sont des incrédules.
Ceux qui ne veulent pas croire ce qui se passe, comme Jo, qu’ils viennent voir.
On est trop vieux pour être menteur.

Chère fille, à Dieu, à Dieu. Je suis contente de savoir que tes larmes ne me font pas de la peine.

L’adresse tu la sais bien.


 

L’Agate Trabichet envoie bien le bonjour à Christine Blenchet et tu donneras bien le bonjour à ma tante Françoise.

Tu donneras bien le bonjour à la famille des Garin et principalement à la maman et à tous mes amis.

Je suis bien contente de savoir dans la maison que tu es. Je les salue bien de cœur et je te recommande bien à ta XXX Marguerite pour qu’elle te prenne pour sa fille.

Je te prie de me faire une réponse au plus vite et tu me feras savoir des nouvelles de tous ceux que je t’ai parlé et de Louise Hauteville.

Je recommande que ma filleule soit bien obéissante à sa mère.

Tu me feras savoir si la fille de la borgne est venue à Bonosière. On me l’a dit, je ne l’ai pas cru.

Tu me feras savoir à quoi le XXX XXX de la confrérie que je suis.

J’ai fait faire ma lettre à une de mes camarades qui t’envoie bien le bonjour.

Elle s’appelle Françoise Coffy de Abondance.

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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

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