La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901

Colonie San José (Argentine), 14 janvier 1904

Résumé

Un correspondant informe Marie Louise Bouvet de la clôture de la succession de ses parents après de nombreuses démarches. Il précise les conditions de la vente, les emprunts contractés et les dettes encore à régler.
Il estime la part restante à environ 900 piastres et annonce l’envoi prochain d’un détail complet des comptes.
La lettre évoque également la gestion future de cette somme, qui ne peut être placée sans accord, ainsi que des échanges avec le mandataire en France et des désaccords sur certains comptes.
Elle illustre les difficultés de gestion à distance d’un héritage entre la France et l’Argentine.

Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.

Transcription

Colonie San José, le 14 janvier 1904

Mme Marie Louise Bouvet,

Après vous souhaiter une bonne et heureuse année à toute votre famille, je vous dirai qu’après tant de débat la succession de votre défunt père et mère est terminée. J’ai fini le 31 décembre pour la légalisation de la procure. Malgré qu’elle était très bien faite, il y a bien des histoires.

Le huit courant, j’ai passé le contrat avec ledit acheteur pour le prix de deux mille deux cents 5 piastres, d’après les conditions faites avec le défunt Mce (Maurice), en plus pour votre part du mobilier, 80 piastres.

Jusqu’au moment de la vente, je n’ai reçu un centime. Le 30 juillet j’ai dû faire un emprunt de six cents piastres pour payer une hypothèque. Le 27 octobre un de 300. Le premier à intérêt au dix pour %, le second au huit p %. Les sommes inférieures je les ai pourvues moi-même.
Ce qui me reste à payer, une dette à Mr Noir de 200 piastres et l’intérêt de 2 ans et demi au 10 pour %.

Comme vous le saurez peut-être, votre lot était une concession et demie. Les autres frères ont une seulement. Une autre est restée indivis pour la vendre, pour payer en partie les droits de succession.
Ce qui fait que j’ai des remboursements à faire. Je ne vous donne pas les détails définitifs pour le moment. C’est seulement pour vous faire savoir ce qui est fait, car je crois que vous aurez pensé que le tout était gaspillé. 
Mais je vous assure que je ne désirerais pas une répétition. Après tout on a obtenu quelque rabais, sans cela ça allait mal.

Je pense vous donner une approximation de ce qui vous restera de bon sans avoir fini de payer. J’ai payé déjà mille piastres que c’était sous ma responsabilité. Ce qui fait que je pense qu’il vous restera environ 900 piastres.

Je pense que pour la fin du mois courant tout sera réglé. Alors je vous enverrai la note détaillée des recettes et dépenses.
Votre argent sera à votre disposition au 1er février. Vous me répondrez de suite pour savoir ce que je dois faire de cette somme jusqu’alors. Je ne puis pas la placer sans votre avis.

J’ai su de la part de Mr Desuzinge Victor de Reyvroz, notre mandataire, que vous étiez allé le voir à l’époque que je lui avais XXX XXX, mais grâce à Dieu cela est terminé. Ce qui reste, je le compte pour bagatelle.

Si c’était possible que votre mandataire puisse vendre chez nous à Reyvroz, on aurait fait un échange de la quantité que vous possédez ici. Mais cela je l’ignore encore.
Il n’y aura pas encore le temps révolu pour cela. Vous pouvez prendre des informations de Mr Desuzinge avant que de me répondre, mais toujours sans perdre du temps.

Après la réception de votre lettre, ou je vous envoie le montant ou bien je le prêterai pour l’avantage des intérêts.

En plus, pour vous entendre avec le procureur de votre père, vos frères sont d’accord pour le passage de venir en Amérique, mais ils m’ont dit qu’il y a des comptes inexacts d’après les deux lettres que vous avez envoyées à Mce (Maurice). Une datée le 1er mai 1900, l’autre le 26 avril 1901.

Je crois que ledit mandataire doit être averti de la part de vos frères.

Comme qui soit, vous m’enverrez le résultat pour que je puisse terminer tout ensemble comme je suis de commun accord avec tous XXX Je ne voudrais pas XXX

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(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)

Une succession entre deux continents

Régler une succession entre la France et l’Argentine au début du XXᵉ siècle est long et compliqué.

Les héritiers doivent :

  • faire valider les documents dans les deux pays
  • passer par des avocats et autorités locales
  • attendre la reconnaissance des actes

Les échanges se font uniquement par courrier, ce qui entraîne :

  • plusieurs mois de délai
  • des incompréhensions fréquentes
  • des démarches répétées

Même une succession « terminée » peut encore nécessiter :

  • des remboursements
  • des régularisations
  • des comptes détaillés à établir

Le rôle du mandataire

Dans cette lettre, tout repose sur un mandataire
Le mandataire est une personne de confiance chargée de :

  • représenter les héritiers
  • vendre les biens
  • gérer l’argent et les dettes

Il agit grâce à une procuration, souvent difficile à établir et à faire reconnaître à distance.

Mais ce système a ses limites :

  • dépendance totale envers une seule personne
  • risques d’erreurs ou de mauvaise gestion
  • difficultés à contrôler les opérations

Dans cette lettre, on voit que :
👉 tout passe par lui
👉 mais des désaccords apparaissent sur les comptes

Cela montre combien ces situations pouvaient devenir complexes pour les familles séparées par l’émigration.

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