La Vernaz – Jacques François Bouvet – 1829 – 1901
Colonie San José (Argentine), 18 mai 1905
Résumé
Étienne Blanc répond à son correspondant en présentant un état détaillé des comptes liés à une succession impliquant la famille Bouvet.
Il explique les sommes perçues, les dettes, les paiements effectués ainsi que les désaccords entre héritiers. Il évoque également les difficultés rencontrées pour parvenir à un accord et la lenteur des démarches.
La lettre montre un mandataire soucieux de justifier son action, insistant sur sa bonne foi malgré les critiques et les tensions.
Elle donne enfin un aperçu précis des montants en jeu et du solde restant à percevoir.
Note sur la transcription
Cette lettre a été transcrite mot à mot, dans le respect de l’orthographe, de la syntaxe et des formulations d’origine.
Les passages signalés par XXX ou XXXXX correspondent à des mots ou expressions illisibles ou impossibles à déchiffrer avec certitude.
La ponctuation et les majuscules ont été ajustées uniquement lorsque cela était nécessaire à la lisibilité, sans modifier le sens du texte.
Transcription
Colonie Saint Joseph, le 18 mai 1905
Très estimé compatriote,
Je fais réponse à votre honorable lettre datée du 12 avril et l’antérieure, donc pour plusieurs inconvénients je ne vous avais pas encore répondu.
En dernier lieu, il y a un mois et demi, j’ai été affligé d’infirmités. Les rhumatismes ne peuvent pas me laisser en repos un instant. Tantôt la vue me fatigue, maladie depuis cinq ans dont je suis victime de temps à autre. Je suis un peu mieux, mais ce sont des cures passagères.
Je me joins à vos regrets de la perte que vous faites des membres de votre famille. Il faut se soumettre aux ordres suprêmes.
Maintenant, pour vos comptes, voici un aperçu. Avant encore, je tiens à vous dire que le 17 septembre 1904 je vous ai écrit les détails généraux de tout. J’avais la patience de faire entrer tous les détails, petits et gros, et j’ai reconnu pour vous et une autre part que vous n’avez pas reçu ma lettre, chose qui est déjà rare aujourd’hui que les correspondances se perdent, mais les lettres étaient affranchies non certifiées, je n’ai pas de réclamation à faire.
Je vous dirai qu’au commencement de février 1904 votre compte était de neuf cent cinquante piastres monnaie légale. Après régler les comptes que j’avais eu connaissance, mais deux mois plus tard, ayant entre les frères Bouvet des comptes indivis avec la veuve de Albert, elle a reconnu et payé soixante-treize piastres qu’elle redevait sur votre part.
À la même date, votre sœur et votre beau-frère J. Louis se sont présentés avec un compte de 53 piastres 50 centimes sur leur lot de partage, que chaque frère l’indemniserait de la même somme. Cela était fait au temps de votre premier mandataire, dont j’ai respecté toujours ce qui était fait, mais en m’assurant de tous les membres et témoins présents.
Depuis cela, il s’est écoulé 14 mois bien longs sans faire la moindre des choses pour aboutir à ce dernier degré d’agonie.
Comme vous savez que votre beau-frère et sœur sont possesseurs de plusieurs lettres qui parlent, une de 573 francs, l’autre 553 francs, à part de ces 400 francs dont vous faites mention. Avec ces problèmes, je perdais la carte géographique.
Et pour le passage pour venir en Amérique, vos frères ne reconnaissent en rien si votre père les a amenés. Personne en dehors n’a rien à voir de la part de votre sœur Elie. Elle justifie qu’il y a plus de dix ans que vous aviez déjà retiré plus de 600 francs, d’après elle déclarés par vos père.
Quand j’ai autorisé M. Desuzinge à vous livrer ou remettre mille sept cents francs, je n’avais pas encore fini avec vos frères définitivement, à la fin pour qu’il soit terminé d’une fois et qu’il n’y ait plus de réclamation. Je ne pouvais pas tomber de commun accord, moi je me tenais à ce que vous m’avez écrit.
Je leur avais proposé le 12 janvier 1904 de partager ces 400 francs que vous avez entre les mains entre les cinq frères, mais eux s’en tenaient à vos lettres antérieures. Mais en dernier lieu ils ont consenti, vu qu’ils n’ont pas pu obtenir de plus mal.
À mon gré, j’ai encore fait cet arrangement, mais puisque j’étais nommé pour régir vos intérêts et consulter une personne compétente sur ces affaires, ça ne vous sera guère agréable, mais j’ai toujours cru faire de mon mieux et d’après ma connaissance et économie en tout lieu.
14 mois, ces choses sont restées sans me donner de détermination. Vos parents ne seront pas très satisfaits de ma personne, mais c’est à eux la cause qui m’ont mis dans leurs embarras. Mais Dieu merci, j’en serai déporté.
Mes chers amis, bien des nuits ça m’empêchait le sommeil, surtout à l’époque qu’il m’a fallu payer toutes les hypothèques avant de retirer un sou, et moi une santé chancelante. Ce n’est pas pour me donner des louanges, je n’ai pas d’ambition pour moi-même.
Je ne vous retiens qu’une bagatelle pour payer les menues dépenses. Les courses sont nombreuses, mais je les sacrifie en qualité de dons.
Je vous assure que, entre une amie intime qui a voulu m’interroger à ce propos, il m’a traité d’imbécile après avoir tant été dérangé. Vous avez eu la confiance en moi, mais vous pouvez continuer de même. Le temps que je vivrai, je ferai le possible pour aider mutuellement à mes semblables.
Votre propriété a été vendue pour le prix de 2250.
Meubles qui vous appartenaient : 85.
Recettes total : 2335 piastres.
Frais et dettes au 1er janvier 1904 : 1385 piastres.
Reçu le 30 juillet 1904 de la veuve de Albert Bouvet la somme de soixante-treize piastres cinquante centimes : 73,50.
À la même date, payé à Elie Bouvet : 53,50.
Ces sommes en remboursement, reste de bon à reporter : 20.
Vous avez reçu par intermédiaire de M. Desuzinge à Reyvroz la somme de mille sept cents francs, qui font la somme de sept cent soixante-trois piastres : 763.
À décompter 320 francs à vos frères sur votre compte en Europe d’après arrangement définitif : 145 piastres. (320 – 20 – 928 ???)
De la somme totale de 950 piastres, le compte exact, je retiens 22 pour moi. Ce qui vous reste à recevoir à présent, la somme de quatre-vingt-deux francs (82 francs), dont j’enverrai l’autorisation à M. Desuzinge qui vous payera.
Je crois que c’est expliqué assez clair pour que vous puissiez le comprendre.
Très cher ami, veuillez agréer les salutations de votre serviteur.
Etienne Blanc
📄 Consulter la lettre originale (PDF)
(document d’archive, écriture manuscrite d’origine)
Le rôle difficile du mandataire
Dans cette lettre, Étienne Blanc agit comme mandataire, c’est-à-dire qu’il gère les intérêts d’une personne à distance.
Son rôle consiste à :
- vendre les biens
- régler les dettes
- répartir les parts entre héritiers
- tenir les comptes
Une position délicate
Le mandataire est souvent pris entre :
- les différents héritiers
- des intérêts divergents
- des informations incomplètes
👉 Ici, Blanc évoque :
- des désaccords familiaux
- des comptes contestés
- et même des critiques à son encontre
Une responsabilité lourde
Il doit :
- avancer parfois de l’argent
- prendre des décisions sans réponse rapide
- justifier chacune de ses actions
👉 Ce qui explique le ton défensif de la lettre
Conclusion
Cette lettre montre que :
➡️ gérer une succession à distance est complexe
➡️ le mandataire joue un rôle central mais exposé
➡️ la confiance est essentielle… mais fragile
